dimanche 12 octobre 2008

La crise actuelle peut être considérée une chance à saisir

Par Pierre Zarka. Communiste unitaire.

La crise actuelle peut être considérée une chance à saisir. La cohérence du système est mise à nue. Mais aussi, cela fait apparaître combien des mouvements parcellaires aussi justifiés soient-ils ne peuvent que s’échouer sur l’absence de politique alternative et qu’on ne peut se limiter à combattre les effets sans aller aux causes.
Les dominés et exploités vont-ils être
capables de se constituer à partir de réalités
et d’approches composites, en mouvement politique comme on
utilise l’expression mouvement social ?


Bien sûr cela suppose de converger et de faireressortir le plus large dénominateur commun. Mais ce dénominateur ne nous est pas donné, il est à
construire. L’addition des mouvements ne fait pas un mouvement
d’ensemble. L’addition de propositions ne rend pas
crédibles les conditions de leur mise en œuvre. Où
sont les causes communes de nos problèmes ? Où
sont les ruptures à effectuer ? Les mouvements
doivent-ils ou non se fixer pour objectifs d’arracher les
pouvoirs jusqu’à présent réservé
aux institutions ? Ce n’est pas une question abstraite :
au moment où tant de commentateur invoquent le renflouement de
« l’économie réelle »
que fait-on ? On demande le retour à davantage d’Etat ?
Confondant ce dernier avec démocratie ? Mais c’est
cette confusion qui a favorisé les privatisations et l’esprit
de délégation. L’expérience des choix des
banques et de l’utilisation de l’argent public pose cette
question. Que fait-on face à la bulle financière?
On demande aux exploiteurs de revenir au Keynésianisme et de
nous exploiter davantage pour la dégonfler ? C’est
sur de telles questions que les mouvements sociaux viennent
finalement s’échouer….ou que Sarkozy est élu.



L’urgence est de concevoir des repères
au-delà du capitalisme ; non pas pour tout définir
à l’avance mais pour faire toucher du doigt qu’il
peut y avoir un autre avenir. Là réside la perspective
qui transforme la multiplicité des situations et des approches
en force unifiée.


Ce qui fait l’écho de l’Appel de
Politis ne se résume pas à la seule convergence des uns
vers les autres. Bien évidemment, pour certains d’entre
nous, l’idée d’un Front face aux menées des
forces du capital est aujourd’hui leur point d’aboutissement.
Et c’est respectable ; je veux dire que la différence
de choix et de rythme à propos de la constitution d’une
force ne peut être un sujet de discorde. Notre espace pour être
au plus près de la réalité doit faire la place à
la diversité des investissements et des projets politiques.
Personne ne peut entraîner qui que ce soit là où
il n’a pas envie d’aller et personne ne peut freiner qui
que ce soit d’entreprendre ce qui lui semble nécessaire.
En ce qui me concerne, je pense que le franchissement vers une
organisation politique est une urgence. Je comprends qu’on ne
partage pas mon point de vue mais je veux dire mon état
d’esprit. Si l’expérience du passage du social au
politique ne se fait pas au moment où la crise est aigüe,
je redoute que l’expérience collective qui en découle
est qu’un tel passage n’est pas possible.

Or, ce passage au politique ne peut se faire sans rompre
avec la dichotomie actuelle mouvements/ politique institutionnelle ou
la dichotomie urgence et politique. Et à chaque échéance
fondamentale, les frontières actuelles des organisations et
partis séparent et éparpillent les forces collectives
mais aussi individuelles qui composent la radicalité. La
mésaventure de la présidentielle peut se renouveler. Il
n’est même pas exclu que des partis institués ou
morceaux de partis bougent, évoquent Die Linke, mais pour se
réorganiser en prolongeant cette dichotomie. Le temps que les
gens dont la plupart ne sont dans aucune structure, mesurent que
c’est une impasse et la construction d’une force
alternative sera encore plus difficile. C’est pourquoi à
la fois, nous souhaitons la participation des partis qui se réclament
de la transformation démocratique, mais nous ne pouvons pas
attendre leur bon vouloir.


Il n’y aura pas de production de politique sans
organisation qui corresponde à ce que doivent être ses
auteurs. Cette organisation ne doit exclure personne, ni des forces
actuellement instituées, ni des tentatives récentes ni
des individualités susceptibles d’y contribuer. Cela
implique donc un processus dans la durée. Mais justement la
durée nécessaire pose la question de l’immédiateté
du démarrage. Il est de la responsabilité de celles et
ceux qui sont prêts à y travailler, non pas de définir
à eux seuls ce qui doit être mais de donner le signal de
l’ouverture du chantier. L’expérience de l’Appel
de Politis montre que l’initiative fait force d’impulsion
et d’attraction. Personne ne doit par la suite être
considéré comme un retardataire, personne ne pourra se
réclamer d’un droit d’ancienneté, mais
créer les conditions de l’ouverture d’un processus
de construction passe par un démarrage qui n’attende pas
que, ne voyant rien venir, les forces disponibles s’étiolent.

Aucun commentaire: